"Voie royale" : le GR 65 de l'Aubrac jusqu'à Conques



Randonnée en Aubrac - Tilby Vattard


L'Aubrac

 

Sur le GR 65

 

Aubrac

 

Conques

 

Conques

 

Suite, et fin, de notre reportage sur la voie royale qui mène les pèlerins entre Le Puy-en-Velay et Conques. Depuis l’Aubrac jusqu’à la cité aveyronnaise, cette partie recèle de trésors architecturaux et naturels.

La beauté du paysage gagne encore en intensité sur le plateau de l'Aubrac, situé entre 1000 et 1400 mètres d'altitude. De Nasbinals à Saint-Chély d'Aubrac, l'horizon est dépouillé, aux allures de steppe désertique traversée par les drailles, ces chemins ancestraux de transhumance empruntés par les troupeaux, bordés de murets de pierres sèches et de croix çà et là. Les vaches rousses aux yeux ourlés de noir, comme maquillés de khôl, vous dévisagent d'un air placide.

Des Québécois, deux frères accompagnés de leurs épouses, ressentent alors pleinement l'énergie du chemin. "J'ai l'impression de mêler mes vibrations à celles des pèlerins qui sont passés là depuis des siècles, dans un sentiment d'unité !", s'émerveille Laval, 61 ans. Son sac lui paraît bien léger depuis qu'il a rencontré Philippe, Parisien, qui avait le même modèle flambant neuf que lui et qui, fort d'avoir lu de A à Z le mode d'emploi, l'a tuyauté pour le réglage des sangles. Un bénéfique moment de partage.

De trésors en trésors

L'arrivée à pied au village d'Aubrac offre un angle d'approche plus émouvant que par la route, l'église de Notre-Dame des Pauvres grossissant progressivement dans une composition digne d'un tableau. Les vestiges de son hôpital rappellent que, dès le XIIe siècle, les pieux voyageurs étaient accueillis et soignés par les chanoines réguliers de saint Augustin, qui leur lavaient les pieds et les nourrissaient.

En ce début de XXIe siècle, on se régale d'une succulente omelette aux cèpes chez Germaine, réputée pour sa tarte aux fruits rouges au format XXL. Deux amies de la région parisienne, Agnès et Hélène, quinquas qui ont laissé maris et enfants pour une échappée d'une semaine, comparent, sur leur smartphone, le nombre de calories perdues durant l'effort du matin à celles gagnées avec la salade choisie sur la carte… L'équilibre semble sauf, et les kilomètres de l'après-midi feront encore davantage pencher la balance dans le bon sens ! De quoi rouvrir l'appétit avant le dîner dans le prochain gîte du soir, partagé avec de nouveaux compagnons de route dans une ambiance toujours chaleureuse.

Point d'Orgue à Conques

D'autres trésors s'égrènent le long de l'itinéraire : le curieux clocher "flammé" ou "tors", de fait en spirale, de Saint-Côme-d'Olt, le majestueux pont d'Estaing sur le Lot… Terminus à Conques, la splendide abbatiale tenue par les frères prémontrés. Une longue descente mène au village médiéval où poser son sac à l'Accueil des pèlerins de l'abbaye Sainte-Foy.

À l'heure de s'installer dans le réfectoire autour de grandes tables conviviales, le frère Jean-Daniel fait un discours de bienvenue et donne rendez-vous pour la messe de 20 h 30. Celle-ci est à ne pas manquer, même pour les plus laïcs, courte, avec un texte lu par les marcheurs étrangers du jour, cette fois de jeunes Allemands. Elle est suivie d'une visite guidée de l'église sous les splendides vitraux de Pierre Soulage, natif de l'Aveyron. Clou de la découverte : la description du tympan du Jugement dernier, du XIIe siècle, chef d'œuvre de l'art roman. Doté d'un réel talent d'orateur, frère Jean-Daniel raconte le rocambolesque transfert des reliques de Sainte Foy, au IXème siècle, d'Agen à Conques, à l'origine de ce miracle du patrimoine français. Il clôt la soirée à l'orgue, dans un concert mêlant joyeusement du Michel Polnareff et du Jean-Sébastien Bach. Les jacquets déambulent librement sous les ogives, comblés par l'épilogue royal de cette belle aventure sur la via Podiensis.

Textes : Mathilde Giard - Photos : Tilby Vattard

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