Le passage des Pyrénées - Première partie



Randonneurs sur le GR 65 dans le Pays-Basque - TVattard


Saint-Jean-Pied-de-Port vers Compostelle - TVattard

 

Paysages du Pays-Basque - TVattard

 

Brebis sur les contreforts des Pyrénées et du Pays basque - TVattard

 

Randonneurs sur le GR 65 entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux - TVattard

 

Panoramas sur le Pays basque depuis le GR 65 - TVattard

 

Randonnée entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux - TVattard

 

Vingt-quatre kilomètres et demi, plus de mille mètres de dénivelé... Le passage des Pyrénées, entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux, fait partie des étapes fortes du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il franchit la frontière franco-espagnole à travers les collines verdoyantes du Pays basque, un territoire à part réparti entre deux pays. Avec, au col, non pas des douaniers, mais des chevaux sauvages ! La montée se fait d'une traite ou en deux jours, sur le mode sportif ou sur un tempo tranquille : à chacun son rythme. Voici la première partie de notre traversée des Pyrénées... 

saint-jean-pied-de-port, Étape cosmopolite

"Ah bon, tout le monde ne démarre pas de Saint-Jean-Pied-de-Port ? ", s'étonne Anna, une jeune marcheuse allemande. Dans son esprit, cette porte des Pyrénées représente le seul point de départ possible du chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle, 800 kilomètres plus loin. Et, de fait, la cité fait figure de camp de base international pour la majorité des pèlerins se lançant sur le Camino Francés, même si celui-ci démarre officiellement à Puenta la Reina, en Espagne. 

On ne s'étonne donc pas de l'ambiance cosmopolite qui règne entre les murs de la coquette bourgade. Un peu comme dans The Way, la route ensemble, film américain sur Compostelle où, assis en terrasse, le héros incarné par Martin Sheen se retrouve affublé d'un voisin de table néerlandais un peu envahissant, avec lequel il fera finalement un bon bout de chemin... 

Le bureau des pèlerins recense, chaque jour, le pays d'origine de ses visiteurs. "Depuis ce matin, nous avons reçu neuf Sud-Coréens, trois Lituaniens, deux Belges, un Américain, un Autrichien, un Hongrois, un Slovène...", énumère Noël. Cet hospitalier assure l'accueil durant une semaine en compagnie de sa femme et d'un couple rencontré sur la Voie du Puy. Son rôle : guider, rassurer, tamponner les crédentiales... Un pèlerin averti en valant deux, il n'hésite pas à forcer le trait sur les périls éventuels de cette étape de montagne. "Beaucoup de nos visiteurs n'ont jamais marché et commencent par le plus difficile ! Le dénivelé est important, la montée longue, suivie d'une descente raide pour laquelle nous conseillons une variante plus douce", justifie ce gendarme de métier. 

À LA CROISÉE DES PAYS

Le lendemain, la journée s'annonce sous les meilleurs auspices, bien ensoleillée. Un chapelet de marcheurs franchit le pont sur la Nive menant à la bien nommée rue d'Espagne, direction la péninsule ibérique. La route grimpe dès la sortie de Saint-Jean-Pied-de-Port, balisée par un panneau "col de Bentarte, 4h30, 16 kilomètres". Elle constitua au XIe siècle le chemin de Saint-Jacques primitif, sur le tracé d'une ancienne voie romaine elle-même héritière d'un chemin préhistorique de l'étain. Le GR 65 est aussi appelé sur ce tronçon route Napoléon, dont les troupes passèrent par là lors de la campagne d'Espagne. Au bout de quelques virages, une guérite en bois clair abrite un distributeur de boissons. Un signe des temps modernes qu'auraient apprécié les jacquets et les grognards de l'empereur... 

Alina, roumaine de 30 ans, en rose fuchsia des baskets au tee-shirt technique, s'y choisit un petit remontant vitaminé. Thérapeute à Bucarest, la jeune femme avait déjà effectué une partie du Camino Francés avec des amies, et elle a décidé de revenir seule. "J'en ai tiré tant de leçons que je suis revenue pour mon âme", confie-t-elle, raccord avec la phrase écrite au feutre bleu sur une paroi : "Va vers toi-même". Hasard du chemin, le pèlerin suivant rencontré quelques centaines de mètres plus haut est également roumain, de Timisoara. Une pause bananes est partagée. Vladimir avance lentement mais sûrement aux côtés de sa petite-amie espagnole, Ariadna. Tous les deux étudient aux Pays-Bas, en astronomie et en informatique : "Nous sommes motivés pour un tiers par l'aspect religion, un tiers par l'aspect découverte et un tiers par l'aspect sportif", résument-ils. 

L'aspect international se retrouve jusque dans le décor, où des mantras sont inscrits en anglais sur les troncs, tels "Sing your song" ou "Smile". Histoire de nouer une conversation en français, on tente de bavarder avec un riverain qui bêche son potager. En vain : le septuagénaire en béret ne parle que le basque. Certes, l'étape débute dans les limites de l'Hexagone, dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Mais elle s'inscrit dans un territoire, l'Euskal Herria - le Pays basque -, dont les frontières ancestrales ne coïncident pas avec celles d'aujourd'hui, réparti entre la France et l'Espagne.

Un jacquet armé de bâtons déboule alors en lançant un grand bonjour. Il parle français avec un léger accent laissant deviner son origine belge. Olivier marche depuis 52 jours. Parti de Wallonie, à la frontière des Ardennes françaises, il a hâte d'arriver à la fontaine de Roland. "C'est un prénom très porté dans ma famille et je suis en pensée aujourd'hui avec eux ! ", confie-t-il avec chaleur. Bon citoyen, l'ancien agent forestier a sanglé son sac le jour des élections européennes de 2019, une fois son bulletin glissé dans l'urne. "Si les dix premiers jours ont été difficiles, c'est depuis un plaisir", lâche-t-il en ré-accélérant le pas, le cap Finisterre dans le viseur. Pour nous, direction Roncevaux dans la prochaine partie... 

UN REPORATE À RETROUVER EN INTÉGRALITÉ DANS LE VOLUME 3 DU MAGAZINE CHEMIN(S)

Texte : Mathilde Giard - Photos : Tilby Vattard

 

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