Après 24 jours de marche et un peu plus de 1000km parcourus, Sylvain est arrivé à Santiago de Compostela. Il nous fait part de la suite et fin de son aventure. 

« Me voici parvenu au terme de mon voyage. Après une belle dernière étape, un peu pluvieuse mais cela s’accorde bien avec l’ambiance celte et la nature verte de l’océanique Galice, je suis arrivé sur le large parvis de la cathédrale de Santiago de Compostela, là où tous les pèlerins du Saint-Jacques rêvent de venir, à pied, au bout de leur chemin. La forêt de tours et de sculptures de cet impressionnant édifice est certes un peu cachée par un échaffaudage, mais l’émotion est toujours aussi grande. Avec le sentiment partagé entre la joie d’avoir fait un beau voyage, et la crainte d’une nostalgie du chemin. Car je me suis senti si bien sur cette Via de la Plata, même si pour l’instant, le repos physique sera le bienvenu. 
 

« Avec le sentiment partagé entre la joie d'avoir fait un beau voyage, et la crainte d'une nostalgie du chemin »

 

La fin de cette traversée n’a en effet pas été de tout repos : la Via de la Plata offre un profil plutôt vallonné dans l’ensemble et s’adresse sans doute aux pèlerins “chevronnés”. En tous cas, pour moi, mes étapes de 45 à 55 kilomètres n’ont pas été sans efforts. Mais c’est pourtant la Meseta, le plateau central, la zone la plus plate de cette Via de la Plata, qui m’a semblé la plus difficile. J’étais arrivé à Salamanque assez fatigué c’est vrai. J’avais aussi quelques soucis d’ampoules qui m’ont contraint à modifier un peu mon geste, pendant quelques jours. Les deux jours qui m’ont séparés de Zamora, pourtant des étapes parmi les plus courtes, m’ont semblé assez pénibles. Il faisait chaud aussi sur ce plateau aux immenses lignes droites où l’on grille au soleil, presque sans coin d’ombre. Mais ces zones plus ingrates font aussi totalement parties de ces voyages à pied. C’est ce qui les distingue même en premier lieu d’une simple randonnée. Et puis ce sont aussi des étapes propices à l’introspection, au dépassement. Même si j’ai aussi branché la musique de mon smartphone pour échapper à la solitude de ces immensités et à la mélodie du vent, entêtante. 
 

un beau voyage sur la Via de la Plata

La Galice, ultime région traversée par Sylvain

ils sont des centaines, habillés de blancs...

Un spectacle fascinant à Zamora

 

sur le chemin de la Via de la Plata

L'Espagne rurale

 

Zamora m’a alors paru un oasis particulièrement agréable. Une belle ville, à taille humaine et assez peu touristique, une Espagne où les prix sont bas mais où les rues s’animent comme par magie après 18 h. Je tombe bien: la semaine sainte s’annonce et en ce “vendredi de douleur”, j’assiste, avec Ulrich, un pèlerin suisse rencontré la veille et avec qui j’ai eu des échanges très agréables, à une procession comme seule l’Espagne peut en offrir.

 
C’est très impressionnant, et en même temps très dépaysant pour le français “déchristianisé” que je suis. En même temps, il n’a jamais existé de rites semblables chez nous. Ils sont des centaines, habillés de blanc et sous de larges capuches, comme des moines cisterciens, à marcher à pas lents, certains portant de lourdes croix, des cloches énormes, d’autres actionnnant des crécelles. Spectacle fascinant, un peu inquiétant aussi tant la célébration de la douleur, la proximité de la mort me semble ici pénétrant. Décidément, cette Via de la Plata m’offre une plongée dans l’Espagne et sa culture, dans la réalité d’un pays aux traditions encore très vivantes : le public de cette procession est de tous les âges. Même les jeunes. 
 

«  Cette Via de la Plata m’offre une plongée dans l’Espagne et sa culture, dans la réalité d’un pays aux traditions encore très vivantes »

 
La suite de mon parcours redevient beaucoup plus agréable, en terme de nature et de paysage. La Salabrie d’abords, une petite région aux beaux villages en pierres, souvent à moitié en ruine malheureusement car on sent, en Espagne bien plus qu’en France, que l’exode rural fut et reste important: le contraste avec l’animation des villes, souvent étudiantes, est très fort. Mais cette campagne reste belle, tandis que les montagnes et les collines viennent à nouveau animer l’horizon. 
 
Je dois d’ailleurs passer deux cols à plus de 1200 mètres d’altitude avant d’entrer en Galice, l’ultime région de mon voyage. C’est une Galice un peu différente de celle que j’avais visitée lors de mon premier chemin vers Compostelle qui s’offre alors à mes pas : une montagne plus sauvage, des landes peuplées de bruyères, aux rares hameaux là encore peu habités. C’est très beau, très majestueux. Je fais aussi étape dans l’auberge la plus extraordinaire du parcours, dans un petit village typique et perdu, où le patron, un ours sympathique, a décoré son bar et son auberge de coquilles dédicacées par tous les pèlerins qui passent là depuis dix ans. On en compte 2400. 
 
Et puis, en me rapprochant du but, je retrouve la Galice verte, toujours très vallonnée mais plus arborrée, pleine de beaux chênes et d’eucalyptus, aux villages plus riants, aux jardins fleuris. Du coup, malgré la fatigue, malgré le mauvais temps qui revient un peu, mes derniers jours me semblent plutôt plus faciles, d’autant que j’ai prévu de terminer par des étapes un peu plus courtes. De belles journées à profiter encore de ce chemin, de sa diversité et de ses surprises. 
 
Je ne suis rentré qu’aujourd’hui de Saint-Jacques, après une dernière journée à me promener, d’un pas de flâneur cette fois, dans la vieille ville. C’est donc un peu trop tôt sans doute pour dire avec précision ce qui me restera de ce voyage. Mais d’autres et déjà je peux dire que cette Via de la Plata, chemin “authentique” qui offre une vraie plongée dans l’Espagne des villes et surtout des campagnes et des collines, m’a permis une belle découverte et un vrai voyage intérieur aussi, avec ses doutes, ses interrogations, ses espoirs et ses joies aussi. Un peu comme la vie, sans doute. Et si dans une vie de pèlerin, ou d’homme, vous êtes tentés de venir à pied à Saint-Jacques, ou d’y revenir, je ne peux que vous conseiller d’emprunter cette voie là, de Séville à Santiago. 

Coquille Saint Jacques de Sylvain

Parmis les 2400 coquilles laissées dans une auberge en Galice

arrivée sur le parvis de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle

Arrivée devant la cathédrale

 

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